EXPEDITION GROS-MORNE / RAVINE BACHELIER

( SUITE 1 )

 

 

 

 

 


PASCAL, JEAN-LUC, JACQUES, HERVÉ, FRANTZ, JEAN-MICHEL, MANUEL ET LES AUTRES....

Les découvreurs de la ravine Bachelier
montée vers le sommet du Piton des neiges

Partie jeudi de Cilaos, l'expédition sportive et scientifique de Pascal Colas est actuellement en route vers le Gros Morne, première étape de l'exploration de la ravine Bachelier. Trois jours ont été indispensables pour amener à pied d'uvre le matériel et le ravitaillement indispensables grâce à une logistique de poids renforcée par deux ânes qui pour la première fois ont atteint le sommet du Piton des Neiges.


Le soir tombe lentement sur Cilaos. A l'entrée du village, une activité intense se déploie autour du local de Réunion Sensations. Pascal Colas, et ses compagnons d'aventure dans l'exploration de la ravine Bachelier, conditionnent dans des bidons placés dans des sacs étanches matériel et approvisionnement pour quinze jours.
"Il faut compter 3 200 calories par homme et par jour, explique Jean-Luc Cheron, médecin et photographe qui accompagne depuis toujours, comme la majorité des autres membres de l'expédition, Pascal Colas. Le plus difficile est de trouver ce qui convient à tout le monde dans le conditionnement adéquat". Jean-Luc a également la responsabilité de la pharmacie. "Elle fait un peu moins de 6 kg, précise-t-il, mais elle est très complète. Je dispose d'une résine spéciale permettant de faire des attelles rigides en cas de fracture, je peux traiter les brûlures, recoudre"
Jeudi matin. Le ciel se teinte d'orange à l'Est. Dernière revue de détail. Pascal Colas s'assure que Géraldine, sa perceuse à essence qui l'accompagne dans toutes ses sorties, est bien là ainsi que deux cordes de 100 m, deux de 60 m et deux de 85 m sont présentes. Jean-Michel Probst, ornithologue, fait le compte de ses petites boîtes en plastique. "J'ai établi un protocole avec l'insectarium du Port, explique-t-il, et dans ces boîtes à pilules je ramènerai des insectes découverts en route. Lors de la descente du Bras du Parc nous avons découvert un escargot à 2800 m d'altitude. J'ai également emmené des pièges pour capturer des rats".
Une dernière photo de groupe et l'on met le cap sur le Bloc, point de départ du sentier du Piton des Neiges. Les ânes de Yann (voir encadré) sont déjà à pied d'uvre. Depuis mardi, ils ont transporté une part importante de la logistique jusqu'au refuge de la Caverne Dufour.
Sur leur dos, Yann installe des "panneaux bufs" utilisés jadis pour permettre à ceux-ci de transporter des charges.
Tout le monde est fin prêt, il est temps de se mettre en route. Une longue journée s'annonce. Première étape, le plateau du Petit Matarum. Lourdement chargée, la caravane progresse lentement. Solpak et Caprisonne, encouragés de la voix par Yann et ses compagnons tracent, escaladant sans broncher des marches qui mettent à mal bien des articulations de bipède.
Au Petit Matarum, on effectue une partie du plein d'eau. "Il nous faudra environ quatre jours pour atteindre les résurgences de la ravine Bachelier, estime Pascal Colas. D'ici là, nous avons besoin d'environ 100 litres d'eau".
A partir du Petit Matarum s'organise une noria de sacs. On progresse d'une centaine de mètres puis l'on revient en arrière pour reprendre une charge et ainsi de suite. Au total, nous allons couvrir en aller-retour près de deux fois la distance. A ce petit jeu, John décroche la timbale, portant sans sourciller jusqu'à trois sacs, montant et descendant comme une fleur. L'expédition ne dépassera pas ce jeudi le refuge de la Caverne Dufour. Jean-Michel Probst a installé ses premiers pièges, mais le chien de Yann avale le fromage. Le lendemain, Solpak et Caprisonne sont les premiers à prendre le chemin du Piton des Neiges. Une ascension historique, semée d'embûches, qui les conduit pour la première fois sur le toit de la Réunion. Yann exulte. Il regarde en contrebas les minuscules taches que font les maisons à l'îlet des Salazes. "Dire qu'ils sont partis de là", laisse-t-il échapper avec admiration. Ils ont bien mérité leur récompense : une pincée de tabac à rouler. Yann et ses ânes ont rempli leur contrat. Pour Pascal Colas et ses compagnons l'aventure commence vraiment. Accompagné de Frantz Limier, Pascal pousse une première reconnaissance vers le site où sera installé le premier bivouac. Une longue descente dans un pierrier, un rappel de cinq mètres, une arête rocheuse à contourner et voici l'étroite plate-forme.
La pluie s'est mise de la partie pendant que nous installons un bivouac sommaire en tendant des bâches et en montant une tente.
En dépit des efforts de tous, tout le matériel et l'approvisionnement ne pourra rallier ce point dans la journée en partant du refuge. Seuls Pascal, Frantz Limier et Jean-Luc Cheron passeront la nuit ici. Au menu ce soir, nouilles chinoises et soupes de poisson. La pluie s'est calmée, mais le vent s'est levé dans la nuit, menaçant d'emporter les bâches. Au petit matin, dans le froid glacial, les traits sont tirés.
Heureusement, le soleil est de retour. Pendant que Frantz et Jean-Luc partent au-devant du reste de l'équipe, Pascal continue pour équiper une arête. Un pierrier à descendre, un petit col à franchir une progression en dents de scie à cheval entre Cilaos et Salazie dans un décor grandiose et le voici qui escalade pour la première fois cette arête. "Jusqu'à présent, explique-t-il, nous la contournions en empruntant le pierrier qui se trouve au pied. Mais une faille est en train de s'ouvrir et menace cet itinéraire en direction du Gros Morne. Je préfère équiper cette nouvelle voie de manière définitive". Dans l'après-midi de samedi les sept membres de l'équipe sont désormais entre eux avec tout leur matériel. Ils ne peuvent plus compter que sur eux-mêmes. Rendez-vous bientôt à la Source Pétrifiante.

   

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