|
|
|
|
|
Apres Reunion
Sensations, Kalanoro,
Ric-a-Ric, voici un
nouveau venu au paradis du canyoning: Austral
Aventures. La societe, qui propose
egalement des sorties d'escalade, de randonnees et
d'hydrospeed etudie un nouveau produit, un peu fou: le
canyon de nuit! Le premier essai a ete tente, en
cette semaine de pleine lune sur le canyon de Trou Blanc,
a Salazie. Un canyon aquatique, avec peu de rappels, tres
ludique pour celles et ceux qui n'ont pas peur de l'eau
et des bouillons. Recit d'une descente mouillee, aux
flambeaux et sous les etoiles: eau noire
dans Trou Blanc.
Trou
Blanc est un
canyon a part a la Reunion: le denivele, parcouru est peu
important, les casses, et donc les rappels, sont rares.
En revanche, que d'eau! Dans cet affluent de
Riviere-du-Mat, le canyoneur est avant tout un nageur, un
plongeur, un buveur de tasses, un cracheur de
bouillon...De jour, le canyon est une ode au courant, qui
vous entraine les yeux ouverts jusqu'au plongeon dans les
bassins, moment ultime ou l'on oublie immanquablement de
se boucher le nez. De jour, les toboggans, demi-tubes de
basalte poli par l'eau du cirque, laissent entrevoir aux
canyoneurs le point de chute, cinq ou dix metres plus
bas, au detour d'ecume qui vous submerge et de virages ou
il fait bon de ranger les coudes.De jour, les tourbillons
vous attendent, bien visibles, troubles et troublants,
les cascades sont la, bruyantes, impressionnantes mais
palpables. Bref, de jour, c'est fou! Mais de nuit! Quelle
idee de plonger dans ce Trou Blanc devenu trou noir?
Quelle folie de se faufiler dans ces gorges assombries,
ou la moindre glissade sur un galet luisant peut vous
entrainer tres loin en aval, avec moult bleus au corps?
De nouvelles sensations
" C'etait une idee qui nous trottait depuis
longtemps dans la tete, explique Pascal Poupaux un des
quatre moniteurs de la societe Austral Aventures. Ce
n'est pas pour l'exploit, mais pour le fun et les
sensations qu'on peut retirer d'une telle sortie. On se
disait qu'on ressentirait autrement le bruit de l'eau, la
masse des parois, les distances, les chute etc...
Certains d'entre nous ont d'ailleurs pratique des canyons
de nuit, en metropole, dans les Pyrenees. Celui de Liech
est tres connu pour cela ". A la Reunion, rien de
tel. Des professionnels ou au moins des amateurs
confirmes ont deja realise des canyons de nuit, mais pour
l'instant, la pratique est restee confidentielle. Apres
l'essai d'Austral Aventures, mais aussi de Ric-a-Ric
(voir par ailleurs), elle devrait cependant bientot etre
ouverte aux touristes, en tout cas pour ceux qui n'ont
pas froid aux yeux!
Lampes frontales etanches
Mercredi soir, l'equipe de Pascal Poupaux
s'embarque donc pour Ilet-a-Vidot, a la sortie
d'Hell-Bourg. C'est de la que les dix temeraires
remontent, durant une demi-heure, le long d'une piste
forestiere. La lune, presque pleine, nous fait de
l'ombre. C'est bon signe, le cours d'eau sera
partiellement eclaire. Il faut ensuite descendre sur la
berge, a travers les arbustes. La, on enfile peniblement
les combinaisons, on ajuste son baudrier, on remet ses
vieilles tennis, on coiffe le casque sur lequel est fixe
une lampe frontale etanche, qui reste allumee jusqu'a
trente metres de profondeur.Pascal a brise en petits
morceaux le carbure, minerai reconstitue, qui melange a
de l'eau, produit de l'acetylene: au lieu d'une ampoule,
c'est une flamme qui vacille sur son casque, comme les
speleologues en ont l'habitude.
Fil d'araignee au-dessus de l'eau
Les quatre moniteurs qui encadrent les six
autres canyoneurs ont pris soin de constituer un groupe
aguerri : " De nuit, il faut bien tourner. Sinon, on
peut prendre froid, sans compter que les piles ne sont
pas inepuisables ". Philippe est le seul novice, qui
n'a pas craint de se lancer, pour une premiere, dans
cette experience inedite.Le premier pas est trompeur,
puisqu'il est " gazeux ": un casse de
quarante-cinq metres, le seul " gros " rappel
de la nuit. On glisse les deux " brins " dans
le " huit " : la corde dedoublee passe dans un
mecanisme qui ralentit la descente. En bas, deux
lumieres, lointaines. On ne distingue pas la riviere,
qu'on entend pourtant gronder. Les deux pieds
rebondissent contre la paroi, eclairee par a-coups.A
mi-descente, les flancs du rempart prennent un angle
oblique: c'est le pendulaire ou fil d'araignee. Le
canyoneur est suspendu a un fil, sans pouvoir s'appuyer
contre la paroi. Philippe toure sur lui-meme, les deux
brins se tortillent, il est bloque. Ce n'est absolument
pas dangereux, mais il lui faudra tirer sur les deux
brins pour descendre, d'ou une grosse fatigue.En
arrivant, son pied heurte un casque, qu'un etourdi a pose
sur une dalle glissante. Le casque plonge dans la
riviere, une fille se jette a l'eau et le recupere avant
qu'il ne soit emporte au loin, dans le noir. Pour un
debut, ca decoiffe!
Spectacle son et lumiere
On plonge un a un dans le courant, l'eau n'est pas trop
froide, les premieres sensations sont exquises. Les
lampes frontales et les flambeaux que l'equipe de Pascal
ont plantes tout au long du parcours, pour assurer au
maximum cette premiere, eclairent les gorges. On se croit
dans une cathedrale. En haut, le ciel moutonne de nuages
n'est qu'une fente entre deux montagnes de roches. La
lune s'est malheureusement cachee.C'est parti pour les
toboggans! Un peu comme dans un parc d'attractions, on
glisse vers l'inconnu, la tete a moitie sous l'eau. On
entend les ploufs de ceux qui nous precedent, leurs rires
et hoquets. Dans les bassins, les torches sous-marines
donnent l'impression de " jacuzzis " avec leurs
lumieres bleutees d'hotels de standing.Les ombres
projetees sur les murs de basalte suivent cahin-caha le
groupe. Nous sommes seuls au monde, flottants sur une
riviere qui nous conduit a la Lumiere. La tribu nocturne
progresse dans le cours d'eau, marchant parfois nageant
souvent, glissant toujours.Lors d'un petit rappel, les
canyoneurs attendent les suivants dans une petite grotte,
derriere la cascade. Le rideau de la chute est eclaire.
De loin, on croit observer de mysterieux troglodytes, qui
s'abritent des fureurs aquatiques.
Le mariage du feu et de l'eau
Attention, ce toboggan fait de nos seants de la
marmelade, celui-ci tourne brusquement, nous malmene
comme dans une auto-tamponneuse passee sous un lavomatic.
Nous recuperons au fur et a mesure de notre initiation
les
flambeaux. Spectacle alors sur realiste du feu et de
l'eau. Une main sur le nez, un bras tendu en l'air,
brandissant la torche allumee, on veille a preserver le
feu sacre, quitte a rester quelques secondes de plus sous
l'eau l'orsque nous tombons dans les bassins.Le passage
d'une main-courante (une corde tendue le long d'une
paroi, afin d'eviter un passage aquatique trop
dangereux), est rendu perilleux a cause des flambeaux,
qui mobilisent une main. La resine coule sur les bras,
une araignee, incongrue en ce lieu, sort d'un interstice
mouille, attiree par l'odeur. Le chant des oiseaux
accompagne le tumulte des eaux, les bruits sont plus
presents, maintenant que la vision est reduite a des
halos, qui illuminent la vapeur et l'ecume.Voila deja le
dernier toboggan, clou du spectacle sons et lumieres: une
longue glissade, qui debouche sur une cascade. Au lieu de
tomber directement dans le bassin, on est projete dans
les airs. Au moment ou l'on se rend compte qu'on vole,
que l'eau qui nous entoure est elle aussi dans les airs,
l'attraction terrestre nous ramene a la realite du
canyoneur: tout inconscient qui veut imiter les
paille-en-queue est irremediablement plonge dans un corps
liquide et tumultueux...
Bientot propose aux inities
Re-plouf, on se debat de joie frenetique dans les
bouillons de la cascade, avant de s'echapper, tout de
meme, de ces remous un peu trop pressants.Une heure du
matin, de retour aux voitures. La descente n'aura dure
que quatre petites heures. Un chili con carne nous
attend, rechauffe dans le coffre d'une fourgonnette.
Pascal ne cache pas sa satisfaction: " Je pense que
c'est une sortie que l'on pourra proposer a la clientele
". Les
touristes devront s'etre auparavant inities au canyoning,
pourquoi pas a Trou Blanc, de jour. Par ailleurs, le cout
d'une telle sortie sera superieur aux quelque quatre
cents francs habituellement demandes a la Reunion, en
raison du surcout lie a la location du materiel
d'eclairage et de l'encadrement, renforce.Mais, promesse
de noctambule, cela vaut le... gloups.
Laurent
DECLOITRE
Fleurs
Jaunes aussi!
C'est decidement dans l'air du temps : les canyoneurs, a
la recherche de nouvelles sensations, de nouveaux
produits, plongent dans le fenoir.Au moment ou Austral
Aventure traverse Trou Blanc de nuit, l'equipe de
Ric-a-Ric a effectue, hier soir, la descente tout autant
nocturne de Fleurs Jaunes, a Cilaos! Non pas l'integrale,
qui prend huit heures et debouche sur la Chapelle, apres
un rappel de 125 metres! Mais le canyon habituel, avec
son echappatoire de Jiacomedi, bien connu des
habitues.Soit quatre heures de rappels, dans un site
superbe, au depart du petit pont, sur la route
d'Ilet-a-Cordes. Autant Trou Blanc est aquatique, autant
Fleurs Jaunes est " gazeux ", avec un fort
denivele.Mais qu'est-ce qui prend les canyoneurs de
flirter ainsi avec des bulles etoilees ? " En fait,
c'est un retour aux origines, explique Agnes Lavaud, de
Ric-a-Ric. Les premiers canyons ont ete descendus par des
speleologues, qui voulaient s'entrainer de jour. C'est
donc un petit clin d'oeil historique. A la Reunion, il
n'y a guere de trous exploitables, si l'on veut retrouver
les sensations du rappel dans le noir, il faut faire du
canyon de nuit". Descendre une riviere dans de
telles conditions necessite evidemment un materiel
adapte, notamment des lampes a l'acetylene et un
encadrement renforce. " On s'est entraine sur les
trois bassins de l'Ouest aux Aigrettes. Cela s'est tres
bien passe, on entendait piailler les paille-en-queue. On
est logiquement passe a l'etape superieur ". Pas
question pour autant de proposer le produit aux touristes
novices: le site demande une certaine experience.
Ric-a-Ric compte en fait proposer un paquet bien ficele:
canyon de nuit, cari et nuit en gite. Appetissant non ?
|