Ouverture du Bras Rouge depuis le Piton des Neiges

 

 

 

 

Emeric Beaucheron, Yohan, et Eddie Berthure ont ouvert un axe de descente depuis le sommet du Piton des Neiges , dans le cirque de Bras Rouge, jusqu'au départ du canyon classique de Bras Rouge Supérieur. Plus de 1000 m de descente

( Documents Le Journal de l'Ile )


Une première majeure dans le monde du canyoning Réunionnais

Depuis hier matin, une équipe de quatre personnes conduite par Emeric Beaucheron a entrepris l’ouverture de la partie haute du canyon de Bras-Rouge en partant du Piton des Neiges. L’expédition est prévue pour durer trois jours.
Parmi les sites de canyoning de notre île, la partie haute du canyon de Bras Rouge dans le cirque de Cilaos n’avait à ce jour jamais été ouverte.
Emeric Beaucheron avec trois compagnons a quitté hier matin le village de Cilaos pour rejoindre dans un premier temps le sommet du Piton des Neiges à 3 069 m d’altitude. De là, les membres de l’expédition, chargés chacun de 35 kg de matériel, devaient gagner en 3h30 de marche, en longeant l’arête du Ronds du Bras Rouge, le premier bivouac d’où, à partir d’aujourd’hui, ils ont prévu d’enchaîner les rappels afin d’atteindre le cours d’eau plus de 1 000 m en contrebas. L’aventure est prévue pour durer trois jours mais elle comporte une bonne part d’incertitude. Emeric Beaucheron a effectué des repérages sur toute la marche d’approche mais l’expédition ne sait pas ce qu’elle va trouver dans la descente.
Un incident est venu marquer cette première journée. Lors semble-t-il d’un rappel, un des membres de l’expédition a été blessé par un éclat de pierre. Le doigt écrasé, il a dû être évacué par l’hélicoptère de la gendarmerie avec le concours du peloton de gendarmerie de haute montagne. L’expédition se poursuit cependant.
Deux itinéraires de canyoning existent déjà dans le Bras Rouge mais aucun ne s’enfonce aussi profondément dans la gorge.
Le premier connu sous le nom de “Bras Rouge supérieur” rattrape le pont enjambant la rivière sur la route conduisant du village de Cilaos à Ilet-à-Cordes. Le second, “Bras Rouge inférieur”, part du pont jusqu’à la Chapelle.

Première réussie

Emeric Beaucheron, Yohan, 17 ans, et Eddie Berthurel sont sortis jeudi après-midi du canyon du Bras Rouge qu’ils ont descendu pour la première fois depuis le piton des Neiges. Un dénivelé de 1 700 m désormais entièrement équipé et que les membres de l’expédition ont décidé de baptiser “Bras Rouge les Hauts”.
Descente du Bras-Rouge depuis le Piton des Neiges


Cette descente, Emeric Beaucheron en rêvait depuis deux ans. Spéléologue à l’origine, formé depuis à toutes les techniques de la montagne, il s’est installé à la Réunion il y a cinq-six ans fondant l’entreprise Ric à Ric, spécialisée dans la pratique du canyoning.
“Avant de lancer l’expédition, explique-t-il, j’ai effectué quatre sorties préparatoires dont un survol en ULM”.
Le rond du Bras Rouge est coupé pratiquement en son milieu par une arête. “A gauche en regardant vers Cilaos, poursuit Emeric, ça à l’air assez pourri. Nous avons donc choisi de descendre à droite.”
Mardi matin à 8h, l’expédition quitte Cilaos. Outre Emeric Beaucheron, elle se compose de Dominique Durand, Yohan, le plus jeune (17 ans), et Eddie Berthurel. Chacun porte 31 kg de matériel. Au passage du gîte de la caverne Dufour, les provisions d’eau sont complétées. “Nous avons atteint le camp de base, après avoir longé l’arête depuis le sommet du piton des Neiges, à 21h.”
C’est au cours de cette marche d’approche que Dominique Durand s’est fait écraser le doigt par une pierre et a dû être hélitreuillé avec le concours du PGHM. “Cela peut arriver, indique Emeric. Cela fait partie des risques. Nous nous sommes partagés la charge et nous sommes repartis avec chacun 40 à 45 kg.”

“Le plaisir du partage avec les autres”

Au petit matin mercredi, après une nuit glaciale, l’expédition réduite à trois membres attaque un cassé de 400 m pour atteindre le fond de la combe. “Nous avions quatre cordes de 100 m et une de 60 m, explique Emeric. Tout le matériel a été doublé. Nous avions emporté deux perforeuses pour mettre les ancrages, dix kilos d’accus. Il nous a fallu huit longueurs de 95 m pour rejoindre le fond. La paroi a été entièrement équipée de 40 relais. La descente nous a demandé quatre heures et nous a exposé en permanence au risque de chutes de pierres”.
Au fond de la combe, l’expédition trouve de l’eau, mais elle n’est pas au bout de ses peines. “Nous avons progressé quatre heures de nuit au milieu de blocs avec la nécessité de poser souvent des rappels. Nous avons alors décidé d’installer le second bivouac. Nous sommes repartis très tôt jeudi matin et à 10h nous faisions la jonction avec “Bras Rouge supérieur” et à 17h nous étions au pont sur la route de Cilaos à Ilet-à-Cordes”.
Emeric Beaucheron va rapidement publier les topos de l’expédition. “J’espère que ce sera refait, indique-t-il. Il y a du plaisir dans la pratique, mais il y en a tout autant dans le partage avec les autres”.
Hier après-midi, Emeric faisant le bilan de cette descente exceptionnelle confiait: “Bien sûr c’est fatigant, éprouvant, mais c’est une fatigue saine qui permet de faire le ménage dans sa tête. Dans la descente, il nous est arrivé plusieurs fois de nous arrêter uniquement pour admirer le paysage fabuleux que nous avions autour de nous. Nous avons bénéficié d’excellentes conditions météorologiques.”
Mais, il faudra sans doute quelques années avant qu’elle ne s'inscrive dans les classiques des descentes en canyon. “Elle n’est pour l’instant accessible qu’à des gens très techniques, souligne Emeric. C’est un véritable terrain d’aventure avec une durée d’expédition de trois à quatre jours même maintenant qu’elle est équipée.. Plus tard, à force de pratique il sera sans doute plus facilement accessible. Cette ligne devra connaître une évolution semblable à celle du Trou de Fer que nous arrivons maintenant à faire dans la journée avec des pratiquants d’un bon niveau. La descente que nous avons faite s’inscrit tout à fait dans la lignée du milieu canyon Réunion reconnu comme un spot mondial”.
Alain Dupuis


 

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