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( Documents Le Journal de l'Ile )
Nous nous étions fait
l'écho des
"séquelles" des travaux EDF dans le site de takamaka.
Une dépollution avait été effectuée... mais il faut se rendre à
l'évidence que cette pollution industrielle existe toujours : tout
simplement scandaleux !
Takamaka : la poubelle à ferraille (article
23/02/04)

Le site de Takamaka, dans la rivière des Marsouins
(Saint-Benoît) est connu pour le beauté de ses paysages, ses cascades et ses
usines électriques. Moins voyante mais tout aussi présente, une pollution
chronique macule le site depuis plusieurs décénnies. Une patate chaude que se
refilent les pouvoirs
publics
Mercredi dernier en milieu d’après-midi. Le
soleil inonde de lumière le bélvédère de Takamaka. Une vingtaine de touristes
profite de la vue qu’offre la plateforme du bout de la route départementale 53.
C’est que le site est merveilleux et assurément prometteur en matière de
tourisme. Le conseil général ne devait pas faire d’autre calcul lorsqu’il
racheta, pour un franc symbolique, un téléphérique qui descendait dans la
végétation et le fond de la vallée. Nous sommes en 1989. Depuis quatre ans, un
petit téléphérique part de la plateforme pour atteindre le chantier de la
construction du barrage de Takamaka 2, le plus récent des deux ouvrages de la
rivière. Il servait à l’entreprise Bouygues pour accéder à ce chantier par
ailleurs très encaissé. Entre la gare basse du chantier et la gare haute de la
RD 53, une petit nacelle emmenait quelques personnes et des outils pour
ravitailler le chantier. En 1989, le barrage de Takamaka 2 est achevé, sa
retenue mise en eau. Les nouvelles turbines commencent à tourner. Bouygues,
conformément au marché qu’elle a signé, doit démonter son téléphérique. Mais au
conseil général, on rêve de développement touristique dans la région. Peut être
que le téléphérique pourrait servir à... Le Département le récupère pour un
franc symbolique donc mais tarde à lancer les études nécessaires pour le
transformer en infrastructure touristique. Quand les conclusions de ces
dernières sont rendues, la facture est trop lourde pour le palais de la Source.
Dix ans après son acquisition, il se décide à enlever un téléphérique devenu
dangereux pour les marcheurs. En février 1999, une entreprise spécialisée, ATS,
démonte la machine. Les deux gares sont détruites de même que les pylones
intermédiaires. Le câble, quant à lui, tombe dans la nature, en rive droite de
la rivière des Marsouins. De nombreux témoins de l’époque attestent d’une grande
tranchée dans la végétation après le chantier de démontage...
C’est pas moi, c’est l’autre
Il y avait deux
kilomètres de câbles environ. Qu’est-il devenu ? Il est toujours là, du moins en
partie. A proximité d’un ancien pylone intermédiaire, le gros câble émerge
encore timidement de la végétation luxuriante. Un câble vrillé, composé de
multiples petits brins, qui fait une dizaine de centimètres de diamètre. Il est
au sol. Les racines, la terre et l’humus ont quasiment fini de l’enterrer, mais
il est toujours là. Contacté à ce sujet, le conseil général, qui avait commandé
les travaux de démontage de “son” téléphérique, ne tarde pas à réagir. L’affaire
étonne les responsables, autant politiques que techniciens. Ibrahim Dindar,
vice-président de la commission chargée de l’environnement, n’avait pas entendu
parler de cette affaire. “Je n’ai aucune information là-dessus. Je pense, à
titre personnel, que le Département doit être exemplaire à ce sujet. Ce câble
dans la nature est une affaire qui a échappé à notre vigilance. Nous n’avons
sans doute pas effectué suffisamment de contrôles. Il n’y a aucune raison de
laisser ça comme ça.” Alain Abadie, directeur général des services, est plus
précis. “Nos services ont dressé un PV lors de la réception des travaux
effectuée conjointement avec EDF. Dans le PV, il est écrit que le représentant
d’EDF reconnaît que le câble au sol est un câble électrique et qu’EDF s’engage à
le faire enlever.” D’après Alain Abadie, toujours, EDF adresse ensuite un
courrier au conseil Général pour confirmer l’origine du câble (électrique) et
l’engagement de l’électricien à l’enlever dans les meilleurs délais.

Inspection par hélico
Un câble
dans la forêt, des câbles dans la rivière. Encore une fois, la pollution n’est
pas récente, mais elle est toujours présente. Le premier barrage de Takamaka est
construit dans les années soixante. A cette époque, les préoccupations
écologiques ne sont que la dernière roue du carrosse. La nature reprendra ses
droits sur la ferraille. En aval des deux barrages on trouve des fers à béton,
des caillebotis metalliques, des étais, des câbles métalliques et électriques,
des tuyaux en caoutchouc et même un échaffaudage. Interrogée sur la question,
EDF ne tarde pas à réagir. Elle envoit une équipe inspecter le fond de la
rivière. Mais depuis leur hélicoptère, les inspecteurs décèlent aucune pollution
contondante. A la direction régionale, on précise : “Il n’y a aucune ferraille
entre les deux barrages. Des travaux sur le barrage de Takamaka 2 ont lieu en ce
moment, mais les échaffaudages seront démontés. Des missions de nettoyage de la
rivière ont eu lieu en 2001, 2002 et 2003. Une nouvelle mission est prévue en
2004. La mise en propreté de la rivière des Marsouins et de la rivière de l’Est
a coûté 65 000 euros à EDF. S’il y a aujourd’hui des ferrailles apparentes dans
le lit de la rivière, c’est à cause des crues qui font remonter les objets à la
surface.” A voir comment les fers à béton sont tordus par les années et emboités
sous des galets de plusieurs tonnes, on ne peut contredire EDF. Par contre, en
ce qui concerne la présence actuelle de ferraille, elle est indéniable pour une
personne qui passe dans la rivière, peut-être plus incertaine pour un
observateur qui la survole.
PV transmis au
procureur
Ces ferrailles sont peu faciles d’accès mais aussi
bien protégées. Le lit de la rivière est en effet interdit d’accès par arrêté
préfectoral. Le 1er octobre 1999, suite à la catastrophe du Drac (Isère)
quelques années plus tôt qui avait vu des marmailles en excursion périr noyés
par un lâcher d’eau d’un barrage, les zones proches des ouvrages hydrauliques
sont interdites. L’article 1 de l’arrêté précise que “toute activité autre que
celles liées à l’exploitation des ouvrages est interdite dans les retenues et le
lit de la rivière des Marsouins à partir de 50 mètres en amont du barrage de
Takamaka 2 jusqu’au barrage de Takamaka 1 inclus.” Jean Terazzi, directeur
régional de l’Industrie (DRIRE), chargé pour le compte de l’Etat de contrôler
les activités d’EDF, saisi de l’affaire soulevée par la préparation de cet
article, assure quant à lui que le nettoyage de la rivière aura bien lieu à
nouveau en 2004. Au gré des crues, certaines tôles réapparaissent et les
autorités n’en ont pas fini avec la pollution. Et l’ONF, dans tout ça ? Il
gère l’espace forestier jadis survolé par le téléphérique. Interrogé par le
Journal de l’île, il assure qu’il va “faire constater la présence du câble et
dresser éventuellement un procès-verbal. Le PV sera instruit par l’ONF et
transmis par la Direction de l’agriculture et de la forêt au procureur, lequel
sera chargé d’étudier les suites à donner. L’ONF adressera un courrier à EDF
pour lui demander d’enlever les matériaux sous quinzaine du lit de la rivière.
La DDE, chargée de la gestion du domaine public fluvial, sera informée également
par l’ONF”. A Takamaka, les cascades grondent et strient les parois végétales
d’autant de panaches blancs. La quiétude des touristes pourrait être
troublée dans les jours à venir par les actions de nettoyage de la vallée.
Histoire de rendre à l’activité humaine ce qui lui appartient.
• La
Réunion gourmande en électricité EDF à la Réunion a produit 1550 GWh en 1998.
L’énergie hydraulique a fourni un tiers de la production, soit 550 GWh. La
principale usine électrique est installée à Sainte-Rose (captage de la rivière
de l’Est). Les autres usines sont Takamaka 1 et Takamaka 2, le Bras de la Plaine
(Saint-Pierre) et la rivière Langevin (Saint-Joseph). Le reste de la production
est assuré par les groupes diesel et turbine à gaz (300 GWh) et par les
centrales bagasse-charbon avec 700 GWh soit 45 % de l’électricité de l’île.
La consommation se caractérise par un taux de croissance très élevé avec 10
% par an entre 1986 et 1992, 7 % de 1993 à 1998. Selon les perspectives d’EDF, 2
357 GWh seront nécessaires en 2005 et près de 3 000 GWh à l’horizon de 2010.
D’où les projets d’extension des centrales thermiques du Gol et de Bois-Rouge (à
l’horizon 2004, cette dernière produira 90 MWh contre 50 actuellement) et la
volonté affichée par les collectivités dans la recherche de nouvelles sources
d’énergies (houle marine, centrale géothermique à la Fournaise), le
développement des énergies solaires et éoliennes ainsi que dans la lutte contre
le gaspillage.
Fabien
Laroche

92 000 euros C’est le
montant du marché de démontage du téléphérique de Takamaka en février 1999. Le
marché est attribué à la société Alpes travaux spéciaux. Le démontage est
réalisé en pleine saison cyclonique. Le conseil général, qui a commandité les
travaux, avait acheté le téléphérique pour 1 franc symbolique.
65 000
euros C’est le budget consacré par EDF à la dépollution de la rivière des
Marsouins et de la rivière de l’Est. Dans les deux cours d’eau, des barrages ont
été construits pour alimenter des turbines
électriques.


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